Alioth Etoile d'Encre

Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 54 Localisation : Paris Personnage : Amaury
| Sujet: Fragment #13 – Samedi ensoleillé 27.04.08 15:34 | |
| Samedi 26 avril 2008 à Paris
Je ne savais pas quoi prendre alors dans le doute j’ai tout pris : Junky, Queer, Le Festin nu, Nova Express, Le métro blanc, La machine molle, Le ticket qui explosa, Dead Fingers talk, Les garçons sauvages, Interzone, Exterminateur. Il y en a beaucoup et le sac que je porte est lourd. Aujourd’hui, il fait beau et une chaleur estivale, j’ai décidé de fuir mon appartement et d’aller lire sur les bords de Seine. Profiter un peu du soleil. Je traverse l’écluse, passe près des badauds et des clochards, il y a des poussettes abîmées à côté de vieilles casseroles, de la vaisselle usagée, un grand drap est étendu là, des tags sur les murs avec le A de Anarchie à plusieurs endroits, des morceaux de ferraille rouillés. Puis la Seine, les bateaux, le soleil qui se reflète dans l’eau et scintille, éblouit ; de l’autre côté, sur l’autre rive, une musique latine et des gens tous petits d’ici, qui dansent, on dirait, et d’autres qui se promènent. Je ne suis pas le seul, tout le monde a eu l’idée de sortir : Paris, quand il est fait bon et beau, se donne un air de village et ici et là les gens se bousculent pour une place au soleil, un pique-nique sur les pavés, eux promènent leur chien, main dans la main, des jeunes jouent aux cartes et boivent des bières, quelques hommes en maillot de bain même si nous ne sommes pas encore en été. Je trouve un coin au soleil, un peu isolé, je n’ai pas envie de me coller aux autres, j’ai envie d’intimité, si possible, tant que c’est possible. Je pose mon sac, m’assois sur les pavés un peu inconfortables et allume une cigarette en regardant au loin Notre-Dame. J’ouvre un livre, n’importe où, commence à lire, puis un autre. Quand un passage me plaît plus, je poursuis ma lecture. Je m’arrête sur des phrases, sur des mots, une virgule, la ponctuation me fascine, je relis plusieurs fois le même paragraphe, parfois parce que la phrase, simple, juste, me fait vibrer. Je place le sac sous ma tête et m’allonge. Je ferme les yeux. Les rumeurs alentours me bercent et je m’emploie à dichotomiser chaque son, le clapotis de l’eau, les moteurs de bateaux, les conversations des jeunes, la respiration du chien qui ne doit pas passer bien loin de moi, un ballon qui rebondit… Ah, tiens, mais qu’est-ce donc ? Je me concentre un peu plus : c’est le bruit d’un couteau qui tranche le pain. Les sons deviennent plus confus et je m’assoupis. A mon réveil, le chien est parti, les jeunes qui pique-niquaient aussi. Le soleil est un peu plus bas dans le ciel, les bronzeurs se sont rhabillés. Je prends mon sac et marche en direction du centre ville. Dans le Marais, les tenues sont différentes, soudain la sensation qu’on pénètre dans le temple du m’as-tu-vu ? Je m’installe à la terrasse d’un café et commande un Coca Light tandis que je regarde des garçons entrer puis sortir, entrer puis sortir pour téléphoner, entrer puis sortir pour fumer, entrer puis sortir pour rire. Ils se ressemblent tous. C’est vrai que beaucoup sont beaux. Publicité. Chaque personne fait sa publicité. Le produit est le corps. Coupe de cheveux, vêtements de marque, bouts de torses épilés, muscles, boucle d’oreille en faux diamant, en veux-tu en voilà. Le corps est en vente libre, suggère le désir, émoustille les sens, rassure l’ego. C’est une sorte de prostitution améliorée. Je regarde ces poupées de cire qui se ressemblent toutes et qui rient et qui bougent la tête étrangement, parlent fort et aiment se faire remarquer. Je ne sais pas faire comme eux. J’essaie un temps : je relève la tête, prend mon téléphone portable, fait mine d’être avec un interlocuteur particulièrement drôle, et je balance un peu la tête, ah ah ah ah ah. Non. Je me sens ridicule. Je pose le téléphone, sors un livre et lis. Puis le Coca Light terminé, je laisse un pourboire et m’en vais. Le téléphone sonne. Le numéro est privé. Je décroche malgré tout. Une voix d’homme.
Monsieur Guasch ? Oui, lui-même. Monsieur Woo de la société CIRC. Ecoutez, j’ai vu votre CV sur Internet et nous serions intéressés par une rencontre avec vous.
Nous sommes samedi. Je suis étonné de recevoir un appel de ce genre le week-end. Silence.
Etes-vous disponible aujourd’hui ? Oh je suis désolé, je ne peux pas aujourd’hui. Peut-être pouvez-vous me proposer une autre date ? Lundi ? Oh je comprends. Oui, lundi ce sera parfait. Nous avons des bureaux sur Paris.
Il me communique l’adresse. Je suis assez intrigué par cet appel, mais je ne saurais dire pourquoi.
Neuf heures vous conviendrait-il ? Neuf heures ? Oui, c’est parfait. Entendu monsieur Guasch. Je vous attends donc lundi à neuf heures. Je vous envoie confirmation de notre rendez-vous par mail. J’y joindrai un plan. D’accord. Bonne fin de journée monsieur Guasch. Merci. Bonne fin de journée également.
Je ne suis pas un spécialiste du recrutement, mais qu’un recruteur appelle le samedi en fin d’après-midi est pour le moins étonnant. Quelle société a-t-il indiqué ? CIRC ? Il faut que je me renseigne avant lundi. D’autant que je n’ai posé aucune question (la personne ne m’en a pas vraiment laissé l’opportunité) et je ne sais absolument pas pour quel poste l’on souhaite me rencontrer.
Je remonte la rue des Francs Bourgeois, traverse la place des Vosges et tourne sur le boulevard Beaumarchais en direction de mon appartement.
Dernière édition par Alioth le 28.04.08 0:48, édité 1 fois |
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Altaïr Etoile d'Encre

Age : 20 Inscrit le : 13 Mar 2008 Messages : 1345 Localisation : Paris Personnage : Julian
| Sujet: Re: Fragment #13 – Samedi ensoleillé 27.04.08 18:52 | |
| Aaaah Très bien écrit ce fragment, très beau, très synesthésique, pour le coup  J'ai lu Les Garçons Sauvages l'an dernier, ça m'a beaucoup plu  Et bon, on va voir lundi ce que va donner cet entretien, un Amaury moins bohème ça pourrait être sympa  _________________ Nouveau blog : www.nebuleux.over-blog.com |
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Alsciaukat Etoile d'Encre

Inscrit le : 10 Avr 2008 Messages : 570 Localisation : Tours
| Sujet: :) 27.04.08 19:02 | |
| Bizarre ce coup de fil oui ^^'
Pis c'est agaçant tous ces gens qui pointent leur nez au moindre rayon de soleil ! On est envahis "_" (Par contre les tenues estivales c'est pas un mal ) |
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Bételgeuse Etoile d'Encre

Age : 19 Inscrit le : 13 Mar 2008 Messages : 613 Localisation : Dijon Personnage : mitigée
| Sujet: Re: Fragment #13 – Samedi ensoleillé 05.05.08 1:59 | |
| Pffffff.... Je crois que je tombe amoureuse d'Amaury... Mais comment fait-il ?? Moi si je ne lis pas un livre du début à la fin, tout dans l'ordre, je pète les plombs !! D'ailleurs c'est juste impossible... Bétel' la psychorigide. |
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