Alioth Etoile d'Encre

Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 58 Localisation : Paris
 | Sujet: Fragment #19 – Asphalte 14.05.08 0:22 | |
| Mardi 13 mai 2008 à Paris
Au Mac Donald’s près de République, un peu après le Gibus, je prends deux Royal Cheese. Je redescends la rue du Faubourg du Temple et vais me poser sur un banc place de la République. Il fait une chaleur accablante, surtout avec toute cette pollution. Il faisait bien moins chaud dans le Sud. Je déguste mes hamburgers quand je crois apercevoir Laetitia. Elle était avec moi au lycée. Ca date ; je ne suis pas certain que ce soit elle. Nous sommes sortis ensemble pendant trois mois, le temps d’un long été. Grande, mince, c’est sa démarche qui achève de me convaincre : c’est bien Laetitia, toujours aussi élégante et le pas pressé. J’enfourne ce qu’il me reste de hamburger et décide de partir à sa poursuite. Tellement absorbé par le fait de vouloir la rattraper, j’en oublie les voitures et lorsque je me retourne un moment pour m’assurer que je peux bien traverser, je suis déjà au milieu de la route. Il se passe alors deux choses : une moto klaxonne fort et le motard pointe son doigt sur la tempe pour me signifier que je suis vraiment fou (c’est vrai : j’ai senti la moto effleurer ma chemise) ; une voiture arrive en face de moi et avant que je ne réalise vraiment ce qui se passe, elle me projette à quelques mètres et je sens que la Terre tourne, que je m’envole, que le sol s’échappe.
Silence. J’entends des bruits de voitures qui freinent, des talons semblent battre la mesure en même temps que mon cœur, je ne vois rien, quelqu’un me touche, je crois. Je crois aussi que j’entends une femme me demander si je vais bien. J’ai envie de parler, mais je n’y arrive pas. Ma vue revient progressivement et j’ai l’impression d’être une caméra qui vient de tomber, mais qui tourne encore : le monde est comme penché, au ras du sol, agité, lumineux, incohérent ; des roues, des pneus, des talons aiguilles, le bitume, le soleil qui m’éblouit, tout ça n’a pas de sens. C’est joli. Tiens, au coin, il y a un nouveau Mac Do, il faudra que j'y aille la prochaine fois. Je n’ai pas encore le son, mais progressivement, un bourdonnement, puis des bruits plus distincts. Je vois alors une grosse bouche de femme qui articule quelque chose. C’est drôle, elle semble crier, mais chez moi, cela fait comme un murmure. Puis j’entends tout de nouveau. VOUS ALLEZ BIEN ? Cette femme crie vraiment. Je tente de me relever. NE BOUGEZ PAS, LES SECOURS VONT ARRIVER. Tu ne veux pas la fermer ? La femme semble très étonnée par mes premières paroles. Puis elle hausse les épaules, se penche et m’aide à me relever. Le sol tangue un peu, je manque de tomber, ATTENDEZ LES SECOURS. Je me retourne vers la femme : s’il vous plaît, je ne suis pas sourd. J’ai envie de la pousser, je peux très bien marcher tout seul, mais je crois que je n’ai plus de force. Où est Laetitia, je demande. QUOI ? Où est-elle ? Tandis que j’articule difficilement chacune de mes phrases, une foule s’est amassée autour de moi et dans cette foule, j’aperçois le petit garçon de la dernière fois, qui courait sur le balcon. Il sourit puis s’échappe au milieu des gens. REVIENS ! Je veux courir, mais je trébuche. Je me relève, je regarde autour de moi : j’ai perdu Laetitia et le gamin.
Les pompiers m’allongent sur le sol et me triturent dans tous les sens. Ils semblent presque déçus que je n’aie rien. Il faut faire des examens, vous avez peut-être fait une hémorragie interne, quelque chose, ou une légère fracture. Non, je n’ai pas envie, je vais bien, tout va bien, où est l’enfant ? Quel enfant ? L’enfant ! Ils se regardent. Venez avec nous, vous avez subi un choc, il faut faire quelques examens. Je vais bien. Je me relève lentement. On ne peut pas vous laisser partir comme ça. Si, si, je vous assure, vous pouvez : vous me laissez me lever, je m’éloigne et hop je suis parti ! La foule se dissipe. J’entends un « cinglé » quelque part sur la gauche. Et des rires. L’enfant. Je me retourne, mais je ne vois rien. Un peu plus loin, j’aperçois l’enfant traverser la rue en courant. Là ! L’enfant ! Les pompiers me crient quelque chose, mais je n’entends déjà plus et je traverse la rue à mon tour, en courant. Mais j’ai perdu l’enfant de vue. Merde… Je poursuis un peu ma course, ne sachant trop où aller. Je me retrouve rue du Temple, encore chez les pédés. Tous les chemins mènent aux pédés. J’ai mal à la tête. J’ai perdu le gamin, j’ai perdu Laetitia et je réalise que j’ai perdu aussi mes lunettes de soleil dans ma chute. Je m’attable à la terrasse du premier café que je croise. Quelques garçons me font de larges sourires que je ne remarque presque pas. Je ferme les yeux et commence à pleurer. Je pleure si peu souvent que je suis étonné.
Dernière édition par Alioth le 14.05.08 1:12, édité 1 fois |
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Altaïr Etoile d'Encre

Age : 20 Inscrit le : 13 Mar 2008 Messages : 1673 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Fragment #19 – Asphalte 14.05.08 0:55 | |
| Grumpf. Bon du coup j'ai légèrement modifié mon frag... et voici notre premier (semi) cross over  _________________ www.arthurvauthier.com |
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Alsciaukat Trou Noir

Inscrit le : 10 Avr 2008 Messages : 581 Localisation : Tours
 | Sujet: :) 14.05.08 13:33 | |
| Wow, il est effrayant le Amaury ! (Sympa le petit clin d'oeil au fait ^^) Il va bientôt se lier d'amitié avec Julian, ils sont tous les deux leurs démons... (quoi que ceux de Julien sont quelques peu aspirés par Goran, semble-t-il.) Mais il est dingue, quand même, de traverser comme ça ^^' |
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Procyon Etoile d'Encre

Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 715 Localisation : Plombières-lès-Dijon
 | Sujet: Re: Fragment #19 – Asphalte 14.05.08 17:00 | |
| JuliAn, Alsciau !
Moi, j'ai juste trouvé un peu irréelle la façon dont il "s'échappe" des mains des pompiers. Mais pourquoi pas ! |
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