Sargas Etoile d'Encre

Age : 25 Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 133 Localisation : Lille
 | Sujet: Fragment #55 – Photographe de plateau 11.04.08 21:41 | |
| Lundi 03 Mars 2008 à Paris
Jé et moi communiquons peu ces derniers jours. J'ai encore eu des visions cette nuit. Et Jé est toujours aussi silencieux. Nous parcourons encore une fois les tunnels de la ville. J'ai l'impression à chaque fois de m'enfoncer un peu plus dans les entrailles de Paris. « C'est sympa de leur part, tu trouves pas ? » Je sors de mes rêveries. Jé ne me regarde pas. Nous ne nous regardons même plus lorsqu'on s'adresse la parole. « De quoi tu parles ? - Ben de Jean et Yohan. C'est sympa de nous avoir branché sur le coup. Ca va nous faire du bien de bosser sérieusement un peu. - Oui. Tu as raison. Ca va me changer un peu. Tu connais la fille qu'on va voir ? - C'est une étudiante en ciné. Elle doit avoir dans les vingt ans. Je l'ai croisé une ou deux fois. - Ok. » De retour à la surface, nous nous rendons au lieu de rendez-vous prévu. Un petit café dans le onzième arrondissement de Paris, le café Beaubourg. A peine rentré dans les lieux, Jé se dirige droit sur un couple assis à une table près de la vitre. « Salut. Vous devez être Laura et Simon. Je suis Jérôme, l'ingé son. Et lui c'est Damien, le photographe. » J'ai toujours du mal lors des premières rencontres avec des inconnus. Mais là, impossible de décrocher un mot. Si je ne me souvenais pas pourquoi j'étais ici, à Paris, cette jeune fille assise en face de moi, me le rappelle en un instant. Elle ne lui ressemble pas tellement, mais quelque chose chez elle, réveille en moi tout ce que ressens pour Sofia. Quelque chose dans ce corps fin, délicat me la rappelle. Ses cheveux ont la même couleur, mais ses yeux non. Ce ne sont pas ses yeux effectivement. C'est son regard. Il dégage la même chaleur que celui de Sofia. Un regard qui ne laisse pas de glace... « Tu fais quoi dans la vie, Damien ? » C'est le garçon qui a parlé. Simon. « Je suis photographe et journaliste dans un petit journal lillois. » Je sors ma carte par réflexe et la pose sur la table. « Bon, ça va, tu peux la remballer. Moi, je reviens d'un stage de trois mois à New York. Je suis étudiant en cinéma. Enfin, là où je veux en venir c'est que, tu as beau être photographe dans un journal, il faut que tu sois capable de saisir l'essence même du scénario. Faut que tu puisses faire ressortir... » Je ne fais pas attention à ce qu'il dit. Mes pensées, mon regard, sont tournés vers la fille en face de moi. Ses yeux n'ont pas la même couleur, mais ils ont sa force. La même force que dégageaient les yeux de Sofia. Un caractère fort se cache sous ses traits gracieux. « Non mais, tu comprends ce que j'attends de toi ? Tu t'en sens capable ? - Je suis ok pour bosser sur ton projet. Je suis preneur. Et Jé aussi. » Je sens mon ami se retourner vers moi. Mes yeux ne se détachent pas de ceux de Laura. C'est à elle que j'ai répondu. Pas au prétentieux à côté d'elle. Elle ne dit rien. « Non, mais Laura. On a même pas vu ce qu'il faisait. - Oh, lâche moi un peu. Il me convient. Et puis ça reste un projet amateur. On est pas en train de monter une équipe pour le prochain Lelouch. Alors, c'est ok. Toi et Jé vous faites partie du projet. On se revoit mercredi pour qu'on mette à plat les détails techniques. Ca vous va ? - Ca nous va. » Encore une fois, je réponds pour Jé et moi. Le rendez vous s'achève là. Nous regagnons la rue, puis le métro. « Elle t'aurait pas fait penser à Sofia ? - Qui ça ? - La fille du pape, bien sûr. Laura, espèce d'abruti. - Mouais, un peu. Pas vraiment. - Un peu confus tout ça, non? - Je sais pas. - Hey, tu sais, tu peux me parler. Je suis pas un ami pour rien. - Je veux pas parler d'elle. Pas maintenant. » Jé et moi nous regardons vraiment droit dans les yeux pour la première fois depuis deux bonnes semaines. Aucun des deux ne quitte l'autre du regard. Je sens la colère et la frustration galoper dans mes veines, réveillant l'acide en moi. Je l'avais presque oublié. « Nous ne parlerons pas de ça, Dam. Non. Pas question. - Il faudra le faire un de ces quatre. » |
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