Mintaka Trou Noir

Age : 21 Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 142 Localisation : Dijon
 | Sujet: Fragment #67 - Mélodie. Mélancolie. 12.04.08 16:07 | |
| Jeudi 21 juin 2007 à Dijon
La chaleur assommante commence seulement à se dissiper. Couchée sur mon lit, j’entends les prémices de cette fête musicale qui se prépare non loin de mes fenêtres. Elle est partout, de plus en plus. Elle reste dans les villes, et envahit peu à peu nos villages. C’est la première année depuis bien longtemps que je n’irai pas. Mais là, avec Kokhavah qui m’a fait une belle frayeur il n’y a pas si longtemps, je me dois d’être raisonnable. J’écoute, rêveuse, les gens s’affairer à tout préparer. J’imagine leurs mains noires de cambouis, leurs manches retroussées par la chaleur qui les plombe. Je rêve l’excitation dans leur cœur à l’approche de leur toute première représentation. Le stress mêlé à l’impatience. Je sais que les filles vont y aller, on y allait toujours ensemble… Mais moi je suis là, et je m’en veux de regretter mon sort. Je vais être Maman, j’ai fait un choix. Cette aventure que je vis ne vaut-elle pas toutes les fêtes de la musique du monde ? Ils ont les amplis criards, les basses désaccordées. Moi j’ai le rythme mélodieux du cœur de ma fille qui bat en moi … Bientôt c’est sa respiration qui rythmera mes nuits, mes jours. J’attrape mes écouteurs. Sia, « Breathe Me ». Je les place sur mon ventre, un de chaque côté. Comme pour faire partager à ma fille l’effervescence de dehors, la musique, les rythmes, les sensations, les émotions. Vibration sur ma table de nuit. Un texto de Zoé. « On è dehor. La fête dla musik è pa la même san toi… Ms on pense bien à vs 2, ns ttes. On vs M. » J’ai de la chance de les avoir. Même dehors elles prennent le temps de penser à moi. Je repose mon téléphone, qui revibre aussitôt. Cette manie d’envoyer toujours deux fois le même message ! Je le prends, prête à effacer tout de suite le message double. A la vue de l’écran, mon cœur marque une pause, puis je le sens recommencer à battre dans mes tempes. Appel de Ludo. Mon doigt appuie instinctivement sur le bouton vert. « Allo ? - Salut Lola ! me balance Ludo d’une voix enjouée. - … salut. - Bah, t’as pas l’air content de m’entendre? - Si. Heu enfin, j’suis étonnée quoi. - Ouai je sais, je n’ai pas donné de nouvelles depuis un moment… - Depuis Novembre oui. - Quelle mémoire ! - Moyen mnémotechnique, laisse tomber. - Quoi de neuf depuis tout ce temps ma belle Lola ? - Bah j’ai fini mes exams, j’attends les résultats pour demain, Célia va bien, je suis enceinte et Dijon n’a pas changé ! - Quoi… tu as dit quoi ? Il hurle maintenant. - Bah, que Dijon n’a pas changé ? - Non avant… - Heu, que Célia va bien ?! - Lola, joue pas à ça avec moi. Tu es... enceinte ? » Je lui raconte tout, je commence fin novembre, après l’avoir quitté. Mes retrouvailles avec Julian, puis l’annonce de ma grossesse. Notre séparation et toute l’évolution de mon enfant. C’est une fille oui. Kokhavah. Comme ma grand-mère oui, je sais… Il m’écoute, me comprend. Il a grandit on dirait. Moi aussi. Durant les trois heures de discussion remontent les souvenirs, les odeurs, les douleurs, les bonheurs. Une vie récente, et tellement loin. Il a comme des regrets dans la voix. Moi aussi je regrette de ne pas avoir mieux essayé tu sais… Trois heures du matin, ma voix commence à montrer les premiers signes de ma fatigue. Il bosse demain. Je le laisse aller se coucher. Vibration presque instantanée contre mon ventre arrondi : « Je serai là aussi longtps que tu auras besoin et envie de mon aide. Je suis là, pour toujours. » |
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