Shéliak Trou Noir

Inscrit le : 14 Avr 2008 Messages : 6 Localisation : Valenciennes
| Sujet: Fragment #1 - Une nuit sans lune 14.04.08 14:44 | |
| Vendredi 15 juin 2007 à Valenciennes
Je ne sais pas où je vais. Mon avenir est comme ce ciel noir : incertain. Je ne vois pas les étoiles, ce soir, pas plus que la lune, d’ailleurs. Je n’aperçois même pas un léger halo argenté déchirer le coton de ces nuages noirs. Non, la nuit est obscure, pesante et fait éclore en moi cette étrange peur animale, mère d’une chair de poule désagréable qui coure à présent sur mes bras. J’ai toujours été effrayé par l’orage. Pourtant, cette nuit, je suis assis sur le rebord de ma fenêtre, les mains crispées sur mes genoux, et je respire cet air sec annonciateur d’un possible déchaînement électrique. Je sens le vent qui se lève. Il me fait frissonner. Je viens de terminer ma quatrième année d’informatique à l’université, mais pour faire quoi ? Rester les fesses posées sur un stupide siège toute ma vie, à taper sur un clavier des lignes de code qui ne m’offriront rien d’autre qu’un chèque en fin de mois ? C’est ça ma vie future ? Il fut un temps, je rêvais de bien mieux… Le ciel vient de s’illuminer, au loin. Les secondes passent, nombreuses, puis le vent craque. L’orage est encore trop loin pour me terrifier. Peut-être restera-t-il à cette distance… Je ne les supporte plus, les tempêtes. Avoir le cœur qui s’ébranle au rythme de la foudre, entendre le crépitement hésitant de la pluie le long de la vitre, revoir ces images gravées dans la lueur opaline des éclairs, sentir ce filet de sueur froide le long de ma colonne vertébrale parce que les souvenirs font mal… Je déteste. Nouveau flash. Cette fois-ci, les secondes sont plus rares. Dégage de là, saleté. Je veux dormir paisiblement. Je sens une vibration contre ma cuisse, puis une deuxième. Blandine m’appelle. Je décroche alors pour entendre sa voix discrète qui plonge mes peurs passées dans l’oubli. « Ça va, toi ? Me demande-t-elle. - Oui, il est loin… - C’est le vent que j’entends ? - Je suis à ma fenêtre. - Qu’est-ce qui va pas ? - Rien, juste le blues habituel d’un gars qui se perd dans sa propre vie. » Alors on discute, de tout et de rien. Et sa voix, qui pénètre ma chair et se loge dans mon cœur. Et son rire qui éclate en grésillant dans l’écouteur. J’imagine son sourire, ses yeux marrons qui s’entourent de paupières plissées de malice, le moindre de ces gestes mécaniques qui illuminent son visage lorsqu’elle parle. Elle n’est pas si loin de moi, mais je la ressens à mes côtés, là, juste contre mon corps, et ça m’apaise. Elle est tout pour moi. Trente minutes se sont écoulées. L’orage s’est enfui. Elle me dit qu’elle doit raccrocher car il va bientôt rentrer, alors je lui souhaite de jolis rêves. J’abrège les au-revoir parce que je ne veux pas qu’il la voit au téléphone avec moi. Mon esprit s’habitue une nouvelle fois au silence de la nuit, malgré les échos de ses mots dans ma tête. J’envoie un texto à Blandine : « Merci, jolie toi. », puis je glisse l’appareil dans ma poche. Elle ne répondra pas. La nuit est toujours là, porteuse de questions sans réponse, et je ne sais toujours pas où je vais. Pas de salut dans les étoiles, ce soir, pas plus que dans la lune, d’ailleurs. Il est temps de dormir… |
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