Bételgeuse Etoile d'Encre

Age : 19 Inscrit le : 13 Mar 2008 Messages : 613 Localisation : Dijon Personnage : mitigée
| Sujet: Fragment #109 - Mon sang souillé de venin verdâtre 13.04.08 19:13 | |
| Mercredi 21 mars 2007 à Dijon
J'ai tellement froid que l'idée me vient que ce n'est pas le vent qui glace mes veines, mais bien mes veines engourdies qui déversent leur poison glacé sur le vent. Ce n'est pas l'air givré qui m'enveloppe de sa morsure paralysante, mais mon corps fatigué qui est source du givre. Comme un long hurlement intérieur, de ma chair émane une volute blanche et glacée, qui prend lentement possession de l'air, des sons, des odeurs, si bien qu'autour de moi tout n'est plus que mort des sens et frissonnement exacerbé. Toute absorbée dans ma bulle de sommeil et de coton glacé, je manque de me faire écraser en traversant la route. Le raisonnement aigu du klaxon se répercute contre les parois de mon crâne, jusqu'à être enfin déchiffré et me faire sursauter. Coupée du monde, je suis seule avec ma douleur aiguisée comme la colère, et le serpent infâme qui s'enroule autour de mes boyaux. Si j'ai réussi à apprivoiser un peu la première, le deuxième est au contraire chaque seconde un peu plus insupportable ; il mâchonne un peu mon estomac, parfois remonte, boule de chaleur qui force le passage dans ma gorge. Et j'ai beau vomir tout ce que mon corps contient d'éléments étrangers, le remords et son venin verdâtre restent solidement amarrés, retenus par l'autre poison qui se répand dans chaque goutte de mon sang. Je n'ai pas eu le temps de sentir mes muscles se mettre en marche que je suis déjà arrivée. Je vérifie l'adresse, et les crocs pointus transpercent mes intestins violemment, répandant un peu plus de ce venin putride à l'intérieur de moi. Ma gorge se serre ; et la fumée de la cigarette que j'allume ne suffit pas à défaire le noeud coulant qui s'est glissé autour de mon cou. Il le faut. J'appuie sur l'interphone. « C'est vous ? » La voix est celle, grave et un peu bancale, de l'homme qui a un peu bu. « C'est moi. » La porte s'ouvre, et je pense aux litres d'alcool qu'il faudrait pour faire taire le rampant qui se colle à mon foie pourri. |
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