Bételgeuse Etoile d'Encre

Age : 19 Inscrit le : 13 Mar 2008 Messages : 613 Localisation : Dijon Personnage : mitigée
| Sujet: Fragment #119 - La colère, l'orage et l'acier 13.04.08 19:27 | |
| Samedi 26 mai 2007 à Dijon
Rentrer. Me doucher. Avaler un café, et retrouver tout le monde dans ce bar. Mouais, bof. Et si en fait, j'avais peur de la banalité qui revient ? De retrouver une vie normale ; je n'ai pas envie de m'accorder une trêve. Et merde, t'en as pas marre de jouer les martyres ? Ca existe, les gens qui vivent avec ça. Mais la culpabilité pèse-t-elle autant sur eux que sur mes épaules désaxées ? Allez, rappelle F., explique-lui, battez-vous ensemble. On vous a déjà dit que vous étiez faits pour partager vos vies débauchées. Rappelle-toi comme ses bras étaient doux, comme son odeur était rassurante. Oh, ta gueule ! Hors de question que je le rappelle, d'ailleurs bientôt je n'y penserai plus. Je poignarde la porte métallique d'un coup de clef, remue le couteau dans la plaie, puis m'appuie contre elle et pénètre dans le couloir mal éclairé. J'entends vaguement des pas dans les escaliers. C'est bizarre, il n'y a jamais aucun bruit dans cet immeuble. Boîte aux lettres vide. Je m'engage sur la première marche. Il y a bien quelqu'un d'autre ici, plus je monte, plus les bruits se font perceptibles. Arrivée au deuxième, l'autre s'est arrêté. Le silence total dure à peine deux secondes. Puis j'entends une voix familière mais différente, une voix de gorge, profonde et tremblante, la voix de la colère la plus froide, qui lance : « Dimitri ?! Qu'est-ce que tu fous là ?! Dégage, je veux pas te voir ! ». Puis il se remet en marche, trifouille ses clefs ; râle rauque de la porte qu'on ouvre. Je reste ébahie quelques instants. Etait-ce Romain ? Mon Romain ? Ce mec lunaire et un peu maladroit, avec ses manières d'ange et son air rêveur ? D'autres pas redescendent. Ils sont plusieurs. Je n'ai pas eu le temps de me remettre en marche qu'ils arrivent à ma hauteur. Je le reconnais, le gamin aux yeux d'orage. Elle, est blonde et a l'air triste que prennent toujours les amis compatissants. Ils me jettent à peine un regard, sans s'arrêter, et font grincer les marches pendant à peine une minute, avant d'ouvrir la porte, et de la laisser se refermer lourdement, dans un trémolo d'acier qui résonne et se propage jusque dans ma colonne vertébrale. |
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