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Fragment #124 - Sur mon portable, il est 5h37

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Bételgeuse
Etoile d'Encre



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MessageSujet: Fragment #124 - Sur mon portable, il est 5h37   13.04.08 19:34

Mercredi 18 juillet 2007
à Dijon

Dehors, les rues sont bleues. Le silence de la nuit est parti, et a fait place aux sifflements idiots des oiseaux. Entrecoupés par le rare ronronnement de voitures amenant au sommeil ceux qui préfèrent vivre la nuit. Sur mon portable, il est 5h37 ; les nuages sont encore gris de l'orage de la nuit. J'entends même mon mégot tomber sur le sol, et la douleur dans ma poitrine se réveille au rythme du soleil. Je n'ai pas pu dormir ; trop d'alcool, trop de coke. Fucking life.
Ma tête ne tourne presque plus, et je peux sentir un léger souffle froid sur mon épaule. Mes doigts tremblent un peu alors que j'allume une autre clope ; et putain, tout ce que je voudrais, c'est dormir, sombrer dans un demi-coma profond, et ne me réveiller qu'une fois ce jour passé.
Je me demande bien à quel moment la vie reprendra son cours, à quelle heure je verrai la première lumière s'allumer chez les voisins, quand je pourrais me réjouir de voir ces putains de fourmis partir au boulot en me disant que, bordel, je suis là, et je les observe, et je n'ai rien d'autre à foutre. Oisiveté est mère de tous les vices, hein ? Mon cul ! La lucidité est le pire des maux qui s'abattent sur nos têtes frêles. Je fume à ma fenêtre après une nuit de débauche, encore une ; et je me regarde fumer à ma fenêtre, et je me vois aussi misérable que je le suis. Bientôt, le jour sera là, et tout recommencera. Ces putains de médocs, cette putain de paresse, ces putains de sorties qui, d'heure en heure, raccourcissent cette putain de vie déjà trop courte.
Alors je me lève, jusqu'à mon bureau, et saisis un stylo, et une feuille encore vierge de tout péché.
Le contact physique avec les mots, Sylvia, le combat contre l'encre et le papier, c'est ce qui sauve ceux qui en ont le courage.
Je sens à nouveau le reptile qui enserre mes entrailles, et ses crocs dans mon ventre, et ses écailles qui frôlent mon estomac brûlant. Je suis lâche, et, plusieurs fois, le stylo tombe de ma main. A l'intérieur, un tourbillon de mots, une tornade de ressentis, se bouscule entre mes tempes. J'ai tant à dire, mais je ne sais pas comment. La fumée me brûle les lèvres, et tous ces cris trop longtemps retenus. Le croassement des corbeaux sonne comme un mauvais présage. Tous nous mourront, et je précipite ma chute.

Je suis la survivante, je suis la balafrée
La reine de la nuit aux ailes arrachées

Ma main court seule, et les mots coulent comme un tambour battant.
Plus rien n'atteint mon cœur, ce putride diamant,
Et mon espoir gelé vole en tourbillonnant
Dans vos yeux obscurs, le miroir de mes peines,
Sur ma peau recousue, le reflet de ma haine
Chaque minute qui passe à vos rires d'enfants
Me rend imperméable ; je porte dans mon sang
La connaissance terrible des roches millénaires
Et tous les cris sauvages qui flottent dans les airs
N'approchez pas, idiots ! Eloignez-vous, manants !
Douleur exacerbée, êtes-vous si différents ?
Je vous vomis, semblables, du haut de mon abîme
La lucidité crue qui habite mon œil
Vous rend si misérables, si clairement minimes
Saluez-moi bien bas, admirez mon écueil.
Rendez-vous compte enfin, je vole par-dessus vous
Déifiez votre reine, malheureux pauvres fous !
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Fragment #124 - Sur mon portable, il est 5h37

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