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 Fragment #467 – Libre

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Altaïr

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MessageSujet: Fragment #467 – Libre   24.11.08 22:14

Samedi 22 novembre 2008
à Paris

Mes doigts, mes mains, le jeu des articulation, la peau et les veines céruléennes, les ongles roses. C'est moi, derrière chaque mouvement, dans chaque parcelle de mon corps, dans chaque nerfs, dans tout ce qui vit et ressent, dans cet amas de cellules qui composent mon être. Je suis Julian Mahogany, mélange complexe de tout ceux qui m'ont façonné en croisant ma route. La voix de Maya, tout comme celles de Joan, de Malvo, et de tous les autres, n'a pas disparu complètement, mais elle s'est diluée dans un tout, apaisée et inoffensive. Désormais, tout ce qui était folie sera imagination pure, au service de ma créativité. J'ai déjà ressorti crayons et cahiers, et je travaille à l'écriture d'un premier roman. Je ne serai plus l'esclave d'une muse enragée, désormais, il me faut acquérir une rigueur de travail, savoir où je vais et pourquoi je le fais. Ne plus seulement écrire pour le plaisir, et laisser libre cours à mes envies, mais garder en vue mon avenir, mon rêve.
Je veux être écrivain.
Et pour cela, je dois me faire connaître, donc écrire quelque chose qui pourra être publié.
Ce qui est bien, c'est que les idées fusent et ne manqueront pas. Ce qui doit être surveillé, ce sont mes envolées, les moments où je perds pieds et où je m'abandonne à l'inspiration et à ses furies.
Maya et moi avons discuté hier, à la boutique Les quatre-vingt huit (ce chiffre m'est d'ailleurs étrangement familier), après que ma transfiguration ait été opérée, et j'ai été surpris de constater à quel point nous avons changé, moi comme elle. La terrible Maya Sélim, prêtresse de la supériorité des jeunes dieux sur le commun des mortels, méprisante et arrogante, imbue de son intelligence, de sa beauté, de sa jeunesse, est devenue une jeune femme qui travaille pour se payer un appartement à Paris, qui s'intéresse davantage aux autres, qui mène une vie paisible et banale. La voilà transformée en une personne sociable et ouverte, à des kilomètres du monstre que je fantasmais. Je me sens un peu bête, forcément, de m'être fait un tel cinéma, mais ce n'est pas la première fois. Souvenez-vous de Jill, devenue érinye aux cheveux bleus.
Nous avons parlé d'elle, puis de moi. Je lui ai confié vouloir reprendre mes études, finir ma licence de Lettres Modernes après quelques égarements, mener une vie plus tranquille (quoique parisienne, car je ne veux pas quitter la capitale dont je suis toujours amoureux). Elle a approuvé, jugeant la décision appropriée à mon caractère. J'ai omis de détailler la nature de mes « égarements », et préféré lui demander des nouvelles de son frère Sethi. Elle m'a dit qu'ils ne se parlaient plus depuis un moment, qu'il avait continué son chemin de son côté après des divergences fatales à leur complicité, car la dissolution du Clan (elle en parle encore comme d'un fait historique, avec une froideur sereine, sans la moindre once de nostalgie) a porté un coup à l'unité de leur relation quasi incestueuse, et autrefois si délicieusement ambiguë. Je lui ai répondu que c'était amusant, cette façon qu'avaient les choses de changer, car moi-même je me suis beaucoup rapproché de mon frère Lilian, alors qu'à l'époque du Clan nous n'avions rien en commun, hormis une enfance passée sous le même toit.
Maya m'a écouté en me regardant dans les yeux. Elle n'est plus l'hautaine créature qui, trois ans auparavant, m'aurait ris au nez devant de si triviales divagations. Nous avons achevé la discussion en évoquant l'éventuelle scission du Parti Socialiste, puisque le plus important parti de gauche n'arrive pas à se décider entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Maya m'a avoué être perdue politiquement, et un tel aveu de sa part m'a convaincu qu'elle n'est vraiment plus la même, car la Maya que je connaissais n'aurait jamais reconnu ne pas savoir quelque chose, n'avoir aucune certitude sur une question donnée. Je lui ai promis de repasser la voir un jour, et, en rentrant depuis l'île Saint-Louis, léger et libre, j'ai songé à la petite annonce à l'entrée de la boutique, et au fait que je pourrais tout à fait travailler là-bas.
Rue Oberkampf, numéro 7, on a refait la peinture de la grille, des murs du bâtiment G, ainsi que de l'escalier. Une odeur forte imprègne l'air et me fait doucement suffoquer. Je monte au 3ème étage et entre dans l'appartement, déserté par les deux autres locataires. Juliette travaille à McDo, où elle travaille avec Laura, et Sergueï est en vadrouille.
Je m'étends sur le canapé, et ferme les yeux, savourant la douceur de l'obscurité et du silence. Oui, je pourrais reprendre mes études, travailler comme vendeur dans une boutique d'antiquités sur l'île Saint-Louis, m'occuper de mon grand-père, renouer avec ma famille. Je pourrais devenir quelqu'un de bien, quelqu'un de stable et de posé. Cela peut sembler soudain, j'en ai conscience, mais pourtant il y a quelque chose de cet ordre là qui grandissait en moi depuis un moment, avant mon départ pour l'Espagne (et peut-être avant encore). Il y a toujours eu une partie de moi qui désirait vivre en paix, sereinement, loin du trouble des passions et de la folie. Maya n'était que le penchant négatif, mon moi inversé, mon autre pôle. Si l'originale à changé, pourquoi pas moi ?
Je souris, car pour la première fois depuis ce qui me semble une éternité, je me fais confiance.
Nous sommes le 22 novembre 2008, et il y a un mois et un jour, je m'apprêtais à quitter l'hôpital psychiatrique de Dijon. Lola était venue me rendre visite. Tu te souviens, Lola, de notre marché ? Ma promesse tient toujours, car il n'y a personne d'autre que toi avec qui je pourrais vivre. Tu es celle qui me correspond, qui saura me rendre heureux. Je ne parle pas de plaisir, vous savez, je parle de bonheur. Je ne parle pas de désir, mais d'amour.
Je cesse de contempler ma main, celle au poignet de laquelle est accroché la gourmette (où l'on peut toujours lire la date anniversaire du commencement de ma plus belle relation) et attrape mon téléphone portable. Sur les touches, mes doigts pianotent le numéro tant de fois composé, et que je n'ai jamais pu oublier. Tonalité contre mon oreille. On décroche. Une voix. Mon cœur, comme lors des premiers jours, se met à trembler, à battre à une vitesse folle.
« Allô, Lola ? »
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Procyon

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MessageSujet: Re: Fragment #467 – Libre   24.11.08 23:34

C'est miignnooonnn !!!

Et fuck à la voisine du dessous !!!
:P
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Alhena

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MessageSujet: Re: Fragment #467 – Libre   25.11.08 2:30

Joli frag. Je suis désolée Altaïr, mais je me suis attachée à Lola et Théo, et je ne fais pas encore confiance à Julian. J'ai l'impression qu'il vit l'acalmie avant la tempête...
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Altaïr

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MessageSujet: Re: Fragment #467 – Libre   25.11.08 3:25

Ou après la tempête, peut être ?
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Alsciaukat

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MessageSujet: :)   25.11.08 11:41

Après tout ce qu'il a traversé, dur à dire ^^' En tout cas très joli fragment ! Envie d'y croire, mais ça paraît tellement irréel, comme... une bulle de paix au milieu de l'océan de fureur qui emplit l'esprit de Julian tel qu'on le connaît ^^'
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MessageSujet: Re: Fragment #467 – Libre   

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Fragment #467 – Libre
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