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 Fragment #19 - Se racheter

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Tureïs

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MessageSujet: Fragment #19 - Se racheter   05.01.09 20:31

Dimanche 4 janvier 2009
à Paris

J'attends depuis déjà deux heures. La matinée est froide et je suis gelé. Le mur auquel je suis adossé me fait mal au dos. La cour de cet immeuble, rue Oberkampf, est calme, très calme. Je joue avec mon couteau que j'ai pris par mesure de sécurité, au cas où. Un jeune homme me jette un regard en sortant les poubelles. Il doit me trouver bizarre à attendre dans le froid un couteau à la main. Je le range rapidement, le but n'est pas d'éveiller les soupçons. Une jeune femme sort à la suite du garçon. Elle est vêtue d'un bleu de travail et porte une caisse à outil. Bizarre, c'est rare que les artisans travaillent le dimanche. Elle suit le jeune homme au local poubelle d'où me parviennent rapidement des bruits de lutte.
C'était donc lui.
J'hésite quelques secondes à intervenir, après tout sa mort ne changera rien à ma vie. Cependant je me dirige vers les bruits, sentant en moi le besoin de me racheter, de me faire pardonner.
La jeune femme me tourne le dos, elle étrangle le jeune homme déjà évanoui. Si je n'interviens pas rapidement, il mourra. Je devine que je ne fais pas le poids face à un tueur professionnel, même une femme. Bizarre comme ces pensées traversent l'esprit rapidement dans ce genre de situation, les capacités décuplées par l'adrénaline qui irrigue le cerveau. Je sors lentement le couteau de son fourreau. Il semble si léger. Lentement, je m'approche de la jeune femme ; peut-être m'a-t-elle entendu ou bien son instinct l'a-t-il prévenu de ma présence. Toujours est-il qu'elle se retourne et qu'au lieu de se planter dans son épaule, le couteau lui transperce la carotide, s'enfonçant aisément dans sa gorge.
Un gargouillis affreux remonte par le trou béant d'où sort un flot de sang accompagné de quelques bulles d'air. Son regard se fige quelques secondes plus tard ; elle est morte. Aucune excitation, aucun plaisir, juste la réalité froide et dure du cadavre sur le sol.
Mon cerveau accélère ; il semble faire abstraction de toute émotion. J'ai une situation à gérer, le reste peut attendre. Je ne peux laisser le cadavre sur le sol près du jeune homme. Je fouille du regard la pièce pleine de poubelles remplies à ras bord. Vite, vite, trouver une solution, résoudre ce problème.
Vider une poubelle de tous ses sacs, en réouvrir un d'une capacité de cent litre et le vider au fond d'un conteneur. Plier le cadavre pour qu'il prenne moins de place avant qu'il ne soit raide. Bizarrement le corps chaud ne me répugne pas : je dois le faire, c'est tout. Je la mets dans le sac et le referme puis remets tout en place.
Que faire de ce cadavre ? Des idées défilent, certaines rapidement évacuées d'autres plus soigneusement étudiées, le stress monte encore, accélérant le flot de mes pensées.
Bien, courir jusque à la supérette et acheter six bouteilles d'alcool à brûler. j'espère que ça suffira. Quelques rues plus loin, dans une minuscule ruelle sordide donnant sur la rue Amelot, je dépose mes achats, entre deux fourgonnettes sales et taguées.
Le corps me semble lourd lorsque je soulève le sac poubelle et le jette sur mes épaules après avoir nettoyé le sol avec de l'eau. Quelques trainées rouges marquent encore, malgré tout, l'endroit du décès.
Décès, quel joli mot pour éviter de dire meurtre.
Merde, déjà quinze minutes qu'elle est morte, j'ai de la chance que personne ne soit passé.
Alors que je sors du local, un jeune homme bien de sa personne arrive du même immeuble que le garçon évanoui. Il lui ressemble. J'accélère et quitte les lieux. Dans la rue personne ne me regarde, comme si ils étaient habitués à voir des gens se promener, un sac poubelle énorme sur le dos et les chaussures ensanglantées.
Je vide rapidement les six bouteilles d'alcool à brûler dans le sac poubelle et le referme. Personne dans la rue, les immeubles vides, fenêtres sans vitres de manufactures abandonnées.
J'allume le sac et me sauve en courant vers la rue Amelot. Lorsque je me retourne une fumée noire monte entre deux camionnettes abandonnées.
Je m'éloigne encore, marchant rapidement vers République, bousculant les passants, fuyant cette réalité.
Assis sur un banc de l'esplanade au centre de République, me grillant une cigarette pour décompresser, mes doigts pianotent le numéro de Claire sur mon téléphone configuré en appel masqué.
- Oui ?
- C'est Thomas, ton problème est réglé.
Je range mon téléphone, l'esprit vide de toute idée et contemple mes chaussures sur lesquelles le sang s'est coagulé.


Dernière édition par Tureïs le 05.01.09 21:41, édité 1 fois
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Procyon

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MessageSujet: Re: Fragment #19 - Se racheter   05.01.09 21:35

:face:
Génial

Mais Tutut tu es fâché avec les majuscules en début de phrase !


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Fragment #19 - Se racheter
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