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 Fragment #68 - Ballet de mots

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Tureïs

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MessageSujet: Fragment #68 - Ballet de mots   10.03.09 2:24

Mardi 10 mars 2009
à Paris

Notre balade s’achève alors que nous arrivons devant la boutique d’antiquités. Babeth et moi avons décidé de nous accorder cette journée. La promenade a été l’occasion de discuter mais aussi de savourer la présence de l’autre.
Babeth pénètre dans la boutique des Quatre-Vingt Huit d’un pas assuré et je la suis, m’attendant au pire. Le magasin est un vrai carphanaüm : les objets s’entassent sans ordre précis, cependant un certain charme se dégage de ce bordel. La vendeuse se tient au fond du magasin, assise derrière un bureau ancien, un thé entre ses mains. Je ne réussis pas à deviner son origine : sa peau est cuivrée, ses yeux sont noirs ainsi que sa longue chevelure. Le plus marquant est, peut être, la fierté qui se dégage de son visage, fierté accentuée par un nez droit, parfait, et un menton un peu pointu. Elle n’est pas classiquement belle cependant l’ensemble donne quelque chose de fascinant. Nous déambulons parmi les objets : certains sont ridicules, d’autres sont splendides et subtilement ouvragés. Babeth décide d’aller demander à la vendeuse au lieu de perdre notre temps.

- Excusez moi, je suis venue début décembre et c’était un jeune homme qui m'avait aidé pour trouver un cadeau, un très beau couteau. Aujourd'hui je voudrais savoir si vous auriez un cabinet style Louis quatorze.

La vendeuse ne dit rien pendant quelques instants puis s’adresse à ma sœur sur un ton qui me déplait :

- Bien sûr. Celui-ci a dû vous échapper.

Je vois ma sœur se retourner vers l’entrée et le rouge lui monte aux joues en découvrant un cabinet bien en évidence. Elle s’absorbe dans la contemplation du meuble et je sens que j’en veux à cette petite vendeuse minable d’avoir rabaissé ma sœur par ce ton où perçait une pointe de mépris et peut-être de condescendance.
Babeth se retourne vers la vendeuse, elle semble heureuse et ma colère passe au second plan.

- Oui il est parfait, je savais que je trouverais en venant chez vous ! Vous avez un certificat d'authenticité je suppose ?

Un sourire illumine son visage. Ma sœur aime les belles choses, quand elle les acquiert elle imagine comment elle va les placer, dans quel sens, sous quel angle. Ce doit être son côté artiste. Je continue d’observer les meubles et arrête mon choix sur un secrétaire, une commode et une grande table de salle à manger en bois.
La vendeuse sourit faussement à ma sœur et lui répond :

- Bien entendu.

Je la déteste, peut-être qu’elle ne le voit pas, mais ma sœur est très sensible au regard des autres sur elle. Je sais qu’elle souffre du comportement de cette crétine arrogante. Je vais prendre la situation en main, ainsi cette jeune fille pourra vider son fiel sur moi. Je m’approche de la vendeuse et plante mon regard dans le sien pour accaparer son attention.

- Est-il possible d'acheter, mais de laisser les meubles en dépôt, disons un mois, chez vous ?

Elle regarde autour d’elle d’un mouvement gracieux et détendu ; elle évalue l’espace de la boutique et se donne ainsi le temps de réfléchir à sa réponse.

- Dans la limite de la place disponible, oui. J'imagine que vous avez une superficie limitée, et par conséquent, peu de meubles volumineux ?

- Non rien à voir. Je comptais acheter ce secrétaire et cette commode ainsi que la grande table sur laquelle vous entreposez les objets là-bas. Je compte m'installer et je dois meubler mon appartement. Peut-être auriez-vous un catalogue qui rassemblerait votre collection sur lequel je pourrais choisir d'autres choses ultérieurement, à l'occasion.

Sans me répondre, elle repart vers son bureau et revient quelques secondes plus tard avec un vieux classeur qui doit lui servir de catalogue. Je le feuillette négligemment, sans lui accorder un regard, puis le lui retend et m’adresse à Babeth :

- Bon on règle ça et on va prendre un café place du Palais Royal ?

Je me retourne vers la jeune vendeuse :

- Je vais régler l'ensemble des achats et je repasserai consulter votre euh... "catalogue" une autre fois.

L’hésitation sur le mot catalogue et le ton dédaigneux est voulu, petite vengeance sans conséquence.
Babeth proteste pour l’achat de son cabinet mais je lui dois bien ça pour l’hébergement et ne lui laisse pas le choix. La marchande ne semble pas apprécier que je l’ignore, son regard s’est durci ainsi que son visage. On dirait qu’elle se contient. Cette jeune femme ne semble vraiment pas connaître sa place. Je déteste ces gens qui, sous prétexte de travailler dans des magasins de luxe, s’arrogent le droit de traiter leurs clients comme de la merde. C’est un comportement qui ne peut être excusé car ils travaillent et sont donc au service du client tant que celui-ci reste correct.
Je lui souris tout de même en lui disant :

- Vous pouvez me dire combien je vous dois mademoiselle ? Ou peut être que je dois calculer moi même si cela vous ennuie ?

Elle retourne derrière son bureau, écris sur un papier et s’assoit avant de me tendre un papier. Un sourire illumine son visage tandis que je franchis les quelques mètres qui me séparent d’elle.

- Tenez, épargnez-vous un douloureux calcul mental, je suis là pour ça...

- Merci.

Mon ton est sec et cassant. Je n’apprécie pas du tout sa répartie même si je l’avais méritée. Je lui tends ma carte pour la forcer à se lever et je sens un sourire se dessiner sur mes lèvres tandis que mes yeux pétillent en la regardant. Après tout, elle est aussi douée que moi, je peux au moins respecter ça et c’est vrai que ce n’est pas agréable de vendre des objets qui réunissent plusieurs fois votre salaire à des jeunes bourgeois complètement cons.

- Nous ne prenons pas la carte, désolé.

Je sens la colère monter en moi, mais un regard sur la vendeuse la fait disparaître tout aussi rapidement. Elle est heureuse. Heureuse de m’avoir battu.

- Je vous charrie, bien sûr que nous prenons la carte, ne prenez pas cet air chagriné...

Je ne peux me retenir et j’éclate de rire, d’un rire bon et franc. Mes yeux pétillent de plaisir lorsque je lui réponds :

- Ma mère m’a toujours dit de me méfier des femmes plus intelligentes que moi. Elle avait raison.
Je me surprend à prendre plaisir à cette joute verbale, à ce ballet de mots, ce duel amicale ?
Je tape mon code et récupère ma carte. Je note notre adresse et mon numéro de téléphone sur un papier que je lui donne :

- Vous livrez à domicile je suppose, je vous laisse notre adresse.

Elle me fixe en saisissant le papier, puis me tend la facture et les certificats d’authenticité. Babeth et moi quittons la boutique et je glisse un "à bientôt" en franchissant la porte. Oui j'aimerais la revoir, fouiller cette intelligence et découvrir ce qui se cache derrière cette arrogance. Peu de gens suscitent en moi des sentiments aussi contrastés, pendant quelques instants j'ai cru qu'on se comprenait.

Dans la rue, Babeth me glisse à l’oreille en riant :
- Un peu spéciale cette vendeuse non ?
Spéciale ? Je ne sais pas. J'aurais dis captivante, intrigante peut-être.


Dernière édition par Tureïs le 10.03.09 2:47, édité 3 fois
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Alhena

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MessageSujet: Re: Fragment #68 - Ballet de mots   10.03.09 2:29

Chaud la rencontre!!!
Par contre, Tureïs, fais attention, tu as oublié la date et la ville...
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Tureïs

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MessageSujet: Re: Fragment #68 - Ballet de mots   10.03.09 2:45

Merci Alhena :D
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Menkalinan

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MessageSujet: Re: Fragment #68 - Ballet de mots   10.03.09 9:53

Dans ce sens, la conversation prend un tour différent. Je trouve même qu'elle passe mieux, sans doute car Maël me semble plus accessible. C'est intéressant de vivre ce moment dans la peau des deux personnages !
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Procyon

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MessageSujet: Re: Fragment #68 - Ballet de mots   10.03.09 13:52

Great !!
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Alcor

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MessageSujet: Re: Fragment #68 - Ballet de mots   12.03.09 1:11

excellent!
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MessageSujet: Re: Fragment #68 - Ballet de mots   

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